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La fois où j’ai eu honte, le 30 octobre 1995

AuteurPic02smallJ’avais dix-huit ans. Ça faisait juste deux mois que j’avais le droit de voter. J’étais un des plus jeunes au Québec à voter le 30 octobre 1995 et je devais faire un choix qui allait décider de l’avenir de mon peuple : le peuple québécois. Je me rappelle avoir voté avec enthousiasme. Parce que je voyais bien que c’était important et que mon vote allait vraiment faire la différence. Il y a vingt ans, ce jour de référendum a changé ma vie. Depuis ce jour-là, par contre, je vis avec une honte presque inavouable. Je vis avec la honte d’avoir voté NON.

Je suis né à Granby et j’ai passé mon enfance à jouer dans les rues d’un quartier anglophone. J’ai appris le français et l’anglais pratiquement en même temps. J’ai été élevé dans une famille qui votait Libéral au provincial et au fédéral. Mes parents se sont séparés et ma mère est tombée amoureuse d’un Italien qui se faisait dire par son père : « Tu votes Libéral et c’est tout. » Mon père a toujours eu un faible pour les conservateurs de l’époque de Bryan Mulroney et n’avait aucune affection pour les « séparatistes ». J’avais confiance en mes parents, je me disais qu’ils savaient ce qui était le mieux. Je regardais les bulletins de nouvelles à la télévision et je me faisais propagandiser volontairement. Je ne regardais qu’une  face de la médaille. J’étais très fier d’être Québécois. J’aimais le Canada. J’étais jeune, un peu intelligent, mais ma vision du monde était erronée.

J’ai regardé le dévoilement des résultats à la télévision jusqu’au bout. J’ai entendu le discours de Parizeau en direct. Mais surtout, j’ai compris ce soir-là que je ne comprenais absolument rien à rien. J’avais eu tort, peut-être même, de voter. Le résultat final m’a mis sur le cul. Je me suis tout de suite demandé : « Comment ça se fait que la moitié du monde au Québec veulent un pays? Est-ce que j’ai manqué le bateau? Est-ce que je suis dans la bonne équipe ? »

Là, j’ai eu honte. Honte de ne pas avoir pensé par moi-même. J’ai eu tellement honte  que je me suis dit que ça n’arriverait plus jamais.

Le lendemain du 30 octobre 1995, j’ai souhaité avoir une deuxième chance. Je voulais avoir l’occasion de me reprendre. Ce désir de réparer une erreur du passé m’a lancé dans une quête pour essayer de véritablement comprendre le monde qui m’entoure.

Aujourd’hui, je suis indépendantiste. Ça veut dire que je veux vivre dans un pays du Québec qui est vraiment indépendant. Indépendant surtout de la mondialisation organisée. Indépendant des maîtres du monde qui s’organisent en cartels de banques et de multinationales, qui infiltrent et dirigent les gouvernements, qui n’ont que volonté de domination. C’est là que se trouve, aujourd’hui, la véritable indépendance d’une nation.

Il ne faut surtout pas oublier que faire un pays, ce n’est pas juste de voter OUI.

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