Lucien Bouchard n’a jamais été souverainiste (et il est toujours ami avec Brian Mulroney)

Lucien Bouchard est probablement le meilleur acteur du Québec. Les Gémeaux, les Génies, les Junos, les Emmys et même les Oscars, c’est lui qui aurait dû tout rafler ces trophées pour sa performance dans son rôle de politicien souverainiste au fil des années.

Récemment, il a osé encore faire la leçon aux Québécois avec une arrogance à jeter par terre pour dire aux Québécois que leur décision de 1995 au référendum « ça a cassé le ressort » et « le ressort est encore cassé » en mettant la faute sur la population : « on est pas fier de nous autres », a-t-il dit.

« On » exclut la personne qui parle dans ce cas-ci évidemment, car Lucien Bouchard n’a jamais été souverainiste.

Ce n’est pas l’auteur de cette article qui le dit, mais plutôt feu Paul Guy Desmarais qui le disait en 2005 au journal Globe and Mail. Selon l’article intitulé The Power 25, qui énumère la liste des 25 individus les plus puissants et influents du Canada (Paul est bon premier), Paul Desmarais « a toujours douté que Lucien Bouchard était un vrai séparatiste et plusieurs ont vu son influence dans la décision de Bouchard de lancer la serviette en 2001 ».  Si l’homme le plus influent du Canada à l’époque le disait, c’est que ça doit être vrai.

Selon la version officielle, Desmarais serait devenu ami avec Bouchard lorsque Brian Mulroney l’a nommé ambassadeur à Paris en 1985.  Mulroney et Desmarais, on le sait, sont des très grands amis depuis la fin des années 60, tandis que Bouchard et Mulroney sont de grands amis depuis au moins leurs années d’université. Dans leur bon vieux temps, Lucien Bouchard était le proche conseiller de Mulroney lorsqu’il a tenté de devenir chef du Parti conservateur en 1976. Du même coup, Desmarais avait fait un don audacieux de 10 000$ à Mulroney pour financer sa campagne à la chefferie cette même année.

Ensuite Bouchard redevient conseiller de Mulroney en 1983 et participe activement à la campagne électorale qui fera de son grand ami Brian, le Premier ministre du Canada. Après son mandat d’ambassadeur à Paris, il se fait élire député fédéral du Lac-Saint-Jean en 1988 dans le gouvernement Mulroney. Il devient Ministre de l’environnement et ira même à la Commission trilatérale fondée par David Rockefeller, à l’invitation de Paul Desmarais. (Cliquez ici pour voir le document officiel de cette conférence.)

Lucien Bouchard en conférence devant les membres de la Commission trilatérale.
Lucien Bouchard en conférence devant les membres de la Commission trilatérale.

Bouchard devient acteur!

C’est en 1990 que son grand jeu d’acteur commence. Dans une mise en scène théâtrale, bébé dans les bras et caméras qui le suivent partout, il démissionne en fracas et de la façon la plus politiquement dommageable pour son ami Premier ministre. Dès ce moment, Lucien Bouchard semble avoir eu carte blanche pour créer une crise politique au Canada et au Québec afin de stimuler la fibre nationaliste des Québécois et d’enrager les fédéralistes du reste du Canada.

S’ensuit la fondation du Bloc québécois plus tard cette année là, une coalition de députés québécois du Parti progressiste-conservateur et du Parti libéral, un groupe de politiciens professionnels obéissant aux ordres de Lucien Bouchard (voir la section « En complément… » au bas de cette article). D’ailleurs, la plupart de ces politiciens professionnels ne se sont pas présentés comme candidats pour le Bloc lors des élections de 1993 et de 1997.

On connait le reste de l’histoire : le Bloc devient l’opposition officielle lors des élections fédérales de 1993, le Parti Québécois prend le pouvoir au Québec en 1994 avec à sa tête Jacques Parizeau et enfin le tout culmine vers le référendum de 1995 qui est passé tout près d’être gagné par le camp du OUI.

Bouchard, une sorte d’agent double?

Alors la question qui se pose à ce moment-ci de l’analyse : pourquoi donc Lucien Bouchard, s’il n’est pas un vrai séparatiste comme disait son ami Paul, s’est retrouvé à être la figure populaire, le véritable « poster boy », voire le « miraculé » de la cause souverainiste lors du référendum de 1995?

C’est là qu’il faut reculer un peu, s’éloigner de l’arbre qui cache la forêt et regarder ce qui se passait au niveau international, c’est à dire : est-ce que ceci s’inscrivait dans une démarche mondialiste, une démarche qui a pour objectif de négocier et de signer de nouveaux traités politiques et économiques pour unifier des états en douce, d’abord par des accords économiques continentaux (ex : ALENA, Traité de Maastrich) et plus en douce encore, de façon politique?

Il est bien possible que oui, car c’est entre 1988 et 1990 que fut élaboré les étapes de création de l’union économique et monétaire de l’Europe et c’est en 1992 que le Traité de Maastrich fut signé (en vigueur l’année d’apres), ce qui donna naissance à l’Union européenne.  Pendant qu’ici en Amérique du nord, Brian Mulroney et Ronald Reagan signait en 1988 l’Accord de libre-échange canado-américain, supplanté 6 ans plus tard par l’Accord de libre-échange nord-américain signé en 1992 et qui entra vigueur en 1994 (l’année où le PQ prend le pouvoir au Québec). Si l’indépendance du Québec avait été faite à la suite d’un hypothétique référendum gagnant, l’ALENA aurait dû être renégocier avec maintenant 4 pays à la table : les Etats-Unis, le Canada, le Mexique et… le Québec.

Si on lit les articles sur le sujet dans les journaux québécois entre 1994 et 1995, tous s’entendait : les accord commerciaux devront être renégociés avec un nouveau joueur : le Québec. Demandez à Jean-François Lisée, il vous confirmera cette information. Mais la victoire d’un OUI au référendum de 1995 aurait créée une crise politique suffisamment grave pour qu’il soit possible de signer des accords commerciaux plus musclés qui aurait permis davantage d’intégration continentale, comme l’adoption d’une monnaie unique en Amérique du nord. Avec Lucien Bouchard comme négociateur en chef, tout était possible.

Le grand jeu d’acteur de Lucien Bouchard devient alors plus plausible. Il aurait agi alors comme une sorte d’agent double au service de Paul Desmarais. Vous n’avez qu’à vous imaginer l’acteur québécois Luc Picard incarnant son rôle de François Gagnon dans la première série faite au Québec sur la mafia montréalaise : Omerta : la loi du silence. Le personnage de Luc Picard fait tout pour gagner la confiance de Roger (interprété par le très crédible Claude Blanchard), le contact qui lui permet de s’approcher du chef de la mafia, Giuseppe Scarfo. Le personnage va même jusqu’à mettre en scène une tentative d’assassinat pour lui donner un occasion de sauver la vie de Roger.

Lucien Bouchard a également tout fait pour gagner la confiance des souverainistes et du peuple québécois et ça a bien failli marcher! L’objectif, selon l’analyse qu’en fait l’auteur de ces lignes, aurait été d’accélérer le processus d’intégration continentale qui aurait mené plus rapidement à une Union nord-américaine, similaire à l’Union européenne.

Et encore, il y a d’autres preuves de cet objectif : j’ai moi-même posé la question au successeur de Bouchard, Gilles Duceppe, pendant qu’il était de passage à Trois-Rivières dans la campagne électorale qui lui a fait perdre son poste de député et de chef du Bloc québécois. Je lui ai demandé :

« Est-ce que vous souhaitez la création d’un Québec souverain à l’intérieur d’une Union nord-américaine? »

Et sa réponse fut : « Bien moi, j’aimerais bien dans un bon traité comme en Europe. »

Et j’ajoute : « C’est ce que voulez, comme en Europe, comme l’Union européenne? »

Il confirme : « Oui! ».

(Voir la vidéo ci-dessous)

Est-ce vraiment nécessaire d’en ajouter davantage?

 Lucien et Brian sont toujours amis

Il est difficile d’obtenir des preuves comme quoi Brian et Lucien sont toujours amis. Devant les caméras de télévision, ils connaissent leurs rôles. Mais selon l’analyse ci-dessus, c’est plus que plausible. Cependant, il pourrait y avoir une preuve supplémentaire : Brian et Lucien sont arrivés ensemble à la grande cérémonie organisée pour les 80 ans de Jackie Desmarais, la femme de Paul. Grâce à au collectif Anonymous Québec, la vidéo de la cérémonie a été publiée sur YouTube. La photo ci-dessous montre bien que Brian et Lucien arrive en même temps à la cérémonie. Hasard, coïncidence, ou bien sont-ils encore juste des amis et c’est tout? À vous de juger.

Bouchard et Mulroney arrivent en même temps à la cérémonie des 80 ans de Jackie Desmarais
Bouchard et Mulroney arrivent en même temps à la cérémonie des 80 ans de Jackie Desmarais

Pas Parizeau et Lévesque en plus, quand même?

Vous vous dites maintenant : et Parizeau dans tout ça!, et René Lévesque!, des faux souverainistes aussi? Croyez-le ou non, le DÉCODEUR a dû se poser la question et les résultats de l’enquête vous sera dévoilé dans un avenir pas très lointain…

Il ne fait aucun doute que la véritable indépendance économique et politique du Québec est plus que souhaitable. Il y a des milliards de raisons pour dire OUI! à un pays. Toutefois, il faut se poser la question : c’est vraiment ce que nous offrait Lucien Bouchard, Gilles Duceppe, Jacques Parizeau, ou bien même René Lévesque? Un pays véritablement libre et indépendant?

Pour être honnête intellectuellement, il faut se poser la question pour vrai.

« En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu de se dérouler ainsi. »

– Franklin D. Roosevelt –


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En complément…

Création du Bloc québécois

Au départ, la coalition du Bloc québécois a été formée de deux élus libéraux, Gilles Rocheleau et Jean Lapierre, et des élus conservateurs, Nic Leblanc, Louis Plamondon, Benoît Tremblay,Gilbert Chartrand et François Gérin. Jean Lapierre est vite retourné dans les rangs libéraux pour travailler pour Paul Martin Jr.  Tous les autres, à part Rocheleau, avaient disparu après 1997.

Pour plus de détails sur la carrière de Mulroney et l’amitié qu’il avait avec Paul Desmarais, visionnez la troisième partie de l’Histoire du Canada dans le Nouvel ordre mondial ci-dessous. Vous apprendrez aussi comment s’est créé dans les coulisses le libre-échange canado-américain et l’ALENA.

Et pour s’amuser, une petite dernière photo de la cérémonie des 80 ans de Jackie. Elle est bien celle-là.

BouchardChrétien

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7 réflexions sur “ Lucien Bouchard n’a jamais été souverainiste (et il est toujours ami avec Brian Mulroney) ”

  1. Je crois que l’auteur de ce texte fait un amalgame tout azimut facile entre l’indépendance et l’intégration nord-américaine.(qui à terme, signifierait l’annexion pur et simple à nos voisins du sud) Je m’explique: il est clair que Lucien Bouchard n’est plus indépendantiste. Dans le meilleur des cas, il était un nationaliste bonne-ententiste comme Lévesque et bien d’autres figures du PQ(Landry, Tremblay, Johnson). Cependant, je ne crois pas en la thèse de « l’agent double ». Entre 1990 et 1995, Bouchard me semblait sincèrement être un nationaliste bonne-ententiste. N’oublions pas que la question de 1995 comportait la notion de « partenariat » comme celle de 1980 qui parlait « d’association ». C’était grosso modo du fédéralisme renouvelé bonifié. Ce n’est pas pour rien que des fédéralistes Québécois ont changé de camp à cette époque.

    Cependant, la plupart de l’élite politique, incluants ces dits nationalistes, sont très mondialistes.(ou, à tout le moins, libre-échangistes) C’est en parfaite contradiction avec les valeurs patriotiques traditionnelles et ça donne l’impression d’un double-jeu mais c’est une pensée politique en vogue qui a déteint sur une bonne partie des dirigeants des 30 dernières années, qu’ils soient nationalistes ou non.

    La comparaison avec l’union Européenne ne tient pas la route: l’Europe a la particularité de regrouper plusieurs pays de taille similaire tandis qu’un hypothétique accord nord-américain signifierait de facto une annexion pur et simple du Québec, du Canada et du Mexique à l’empire États-uniens.

    Reste le cas Parizeau. Personne ne peut douter de son authentique patriotisme et sa clairvoyance en ce qui à trait aux destinées du Québec. Intelligent et perspicace, il s’est toujours gardé un petite gêne d’élaborer longuement sur le statut monétaire d’un Québec indépendant. Son flou artistique sur le sujet n’a pu qu’être volontaire afin de pas hérisser les militants altermondialistes péquistes de l’époque…

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  2. très bon acteur ce Bouchard et sa petite mise en scène de s’emporter lorsque khadir lui a posé une question étais sublime…. malgré tout j ai pas une haute opinion de cette homme..!

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